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« Il faut créer le déclic »
La représentante d’Arafat en France veut, malgré tout, encore croire à une solution de paix
Par : Recueilli par GILLES GUITTON
L’infatigable Leïla Shahid, la « voix » de l’Autorité palestinienne en France, était hier à Toulouse afin de rencontrer des élus et des membres d’une délégation du mouvement Motivé-e-s qui s’apprête à partir en Palestine. Elle analyse la situation.
« SUD-OUEST ». - Quelle est votre appréciation sur le fait que Sharon vient de renouer des contacts avec des proches collaborateurs de Yasser Arafat ?
LEILA SHAHID. -
J’ai le sentiment que ce n’est qu’une manoeuvre à la veille de son voyage aux USA, le 7 février. Il va rencontrer le président Bush et fait le minimum d’efforts pour paraître ne pas rompre totalement le fil du dialogue.
Pour que nous soyons convaincus qu’il y ait un changement de sa part, il faudrait qu’il montre une vision politique différente de ce qu’il veut faire au-delà des bombardements, au-delà du siège de l’Autorité, au-delà de l’encerclement d’Arafat. Or Sharon lui-même, ainsi que ses ministres, ainsi que son chef d’état-major continuent à dire qu’ils ne reconnaîtront pas un Etat palestinien, qu’ils ne veulent pas des accords d’Oslo, etc.
« S.-O. ». - En ce qui concerne la rencontre Bush-Sharon, en attendez-vous quelque chose ou en craignez-vous quelque chose ?
L. S. -
Je ne vois pas dans le discours actuel du président Bush ce qui pourrait l’amener à faire respecter ce qui est le droit de tout le monde à vivre. Je doute qu’il s’adresse à Sharon de manière assez ferme. Ce n’est pas la première visite de Sharon, nous ne sommes pas au premier mois du conflit. Nous sommes dans une situation intenable de guerre totale depuis seize mois. Il faudrait une intervention très ferme ; je n’ai pas l’impression que ce soit pour demain du côté des Etats-Unis.
« S.-O. ». - Il existe une proposition portée par Hubert Védrine mais qui émane probablement de plusieurs parties prenantes au conflit. Elle suppose la reconnaissance de l’indépendance des territoires sur des limites géographiques qui restent à définir, en même temps que des élections en Palestine sous contrôle international. Quelles chances a ce type de proposition d’aboutir ?
L. S. -
Ce qu’on appelle « le non-papier français », qui a été soumis aux Palestiniens, aux Israéliens, aux autres Européens et aux Américains, je le trouve très judicieux. Il avance cette idée qu’il faut créer un choc positif parce que la situation est tellement grave qu’on ne peut pas revenir à des négociations tâtillonnes. Il faut un déclic, renverser la vapeur, remettre l’Etat palestinien au centre du débat. D’une part, pour rassurer les Palestiniens qu’il s’agit, non pas de transformations cosmétiques, mais bien du droit à vivre dans un Etat indépendant et libre. Et pour rassurer les Israéliens, d’autre part, sur le fait que personne ne souhaite la disparition de leur Etat.
Il faudra, une fois cela fait, qu’on ait des élections législative et exécutive puisque les dernières, en janvier 1996, ont élu un Parlement et un président pour des mandats de quatre ans. Pour cela, il faut mettre fin à l’occupation militaire, puisque personne n’accepterait une campagne électorale sous occupation. Il faudra également faire des élections municipales, comme prévu par les accords d’Oslo. Ensuite, il faudra revenir à des négociations entre les deux Etats qui se seront reconnus. Sur les questions de Jérusalem, des réfugiés, des colonies, de l’eau et des frontières. On peut reprendre là où on avait laissé les choses, à Camp David et à Taba.
Ce qui peut arrêter le terrorisme, c’est le respect du droit. La seule garantie de sécurité, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, c’est la paix.
« S.-O. ». - L’Autorité palestinienne est-elle en mesure d’organiser des élections réellement démocratiques ?
L. S. -
Oui, bien sûr. Quand nous avons organisé les élections de 1996, on était de retour en Palestine depuis un an seulement. C’est une des raisons pour lesquelles l’Union européenne a voulu envoyer ses observateurs à l’époque. Si on a pu le faire en 1996, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas le faire en 2002. Surtout s’il y a un retrait de l’armée israélienne et la venue d’observateurs européens et américains.
Nous sommes tout à fait réceptifs à toute présence qui pourrait garantir que le scrutin se ferait sur des bases transparentes, démocratiques et intègres. Mais nous exigeons que ça ne se fasse pas sous la botte de l’occupant israélien.
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