Législatives 2002 : le premier journal de campagne

Première mise en ligne : 30 mai 2002

Edito

On ne veut pas en rester là.

Aux Présidentielles, certain-e-s y sont allé dans la haine, avec la peur, beaucoup dans le dégoût, ou encore pas du tout. Misère démocratique !

Heureusement il y a eu la réaction citoyenne. Et une autre avant : à Toulouse, suite à l’explosion d’AZF.

Aujourd’hui, c’est la course aux législatives. Comme avant, comme si rien ne s’était passé.

Alors nous, Motivé-e-s, on a décidé de présenter une candidature.

Parce que la droite s’extrémise et que la gauche ne sait pas nous intégrer dans ses promesses qu’elle ne tient même pas. Car nous pensons la politique autrement, par et pour les citoyen-ne-s, quels que soient leurs origines, sexe, amours, croyances, histoires… Car nous portons des questions qui nous sont propres.

C’est pour ouvrir une fenêtre dans un paysage politique aussi beau qu’un site chimique. Et aussi, parce que la colère, le ras-le-bol et l’envie d’autre chose…

Bref, nous y allons !

On y va dans la première circonscription, et là seulement. Pour prendre en compte la menace de l’extrême droite, pour éviter la dispersion "à gauche". On le fait comme ça sans entrer dans les tractations du genre "je te pousse par ci, tu te retires par là…". On ne fait pas la course aux sièges de député-e. On va sur la 1ère, face à Douste et à la gauche plurielle, pour donner une portée nationale à nos préoccupations.

Plus Motivé-e-s que jamais !


Cette fois encore, on ne part pas avec un programme tout fait. On veut ouvrir des débats. Ce canard ne fait que vous présenter notre campagne. On en publiera un autre dans quelques temps pour vous présenter plus en détail nos réflexions, nos envies, nos inspirations. Pas de programme, mais des idées. Alors voilà les trois thèmes qu’on veut porter dans cette campagne : immigration, insécurités, démocratie. « C’est un peu court ! » Peut-être pas. On pense que ces trois questions éclairent tous les maux, toutes les dérives de la société libérale. Elles sont pour nous essentielles, et jamais abordées avec clarté et tranquillité dans le débat politique.


Immigrations

Comment ne pas voir le caractère discriminatoire de la représentation politique française. C’est sûr, elle assez âgée, assez masculine, assez en costard, mais elle est surtout toute blanche ! Comment accepter que les enfants de l’immigration - des enfants français ! - soient à ce point interdits de conseils municipaux, de conseils généraux, de conseils régionaux et bien entendu d’assemblée nationale ?

La France a été l’un des derniers pays à reconnaître la présence des femmes dans les institutions politiques. Une fois de plus, elle se distingue par son esprit moyenâgeux. Alors, où sont les valeurs d’universalité de la République ? Que peuvent signifier dans ce cas les principes de représentativité nationale et de citoyenneté ? D’autant que cette discrimination politique s’ajoute aux autres subies : à l’emploi, au logement, aux loisirs…

Non décidément, les Motivé-e-s imaginent la République bien autrement. Et il ne suffit pas, comme le fait si bien la gauche plurielle, de manifester contre Le Pen, de crier son indignation devant les thèses racistes, pour résoudre le problème.

Alors que faut-il faire ? Attendre que la droite prenne la main, attendre que le Front national continue à rafler des voix, et que la colère monte dans les quartiers et les faubourgs, là où des milliers de personnes ne peuvent pas se faire entendre ?

Les Motivé-e-s veulent qu’on entende la voix de tou-te-s celles et ceux qui sont exclu-e-s du débat et de la représentation politiques. Ils veulent rappeler que la participation citoyenne - celle de tous les citoyen-ne-s - fait battre le cœur d’une démocratie digne de ce nom. Et qu’issu-e-s de l’immigration ou pas, on a tou-te-s notre mot à dire. La candidature de Salah Amokrane et de Christine Larroque est là pour le rappeler. Ceux qui attisaient la peur « des arabes au Capitole » vont se faire une raison. On va tout faire pour que les enfants de l’immigration aient toute leur place, même à l’Assemblée.


Insécurités

Lors des présidentielles les deux principaux candidats - de droite comme de gauche – ont utilisé le thème le plus démagogique et le plus dangereux qui soit. Celui de l’insécurité. Comme pour donner raison à Le Pen. Beau résultat !

Ce débat n’a jamais été celui des Motivé-e-s. A nos yeux, il est le reflet des échecs des politiques menées par la droite ou la gauche.

Il ne s’agit pas de nier la réalité ou la gravité de certains problèmes. Mais au-delà du spectaculaire, qui ose poser les véritables questions de fond ? Parler de "l’insécurité", c’est taire les insécurités.

Où sont les véritables insécurités ? AZF a fait en une seconde plus de victimes que tous les "sauvageons" réunis. Les insécurités les plus graves sont dans les relations de travail, dans le cercle familial…

Qui sont ces délinquant-e-s ? Celles et ceux que l’on désignent comme tel-le-s n’ont rien à voir avec la délinquance crapuleuse. Pointer les causes économiques et sociales, ce n’est pas nier la réalité de la délinquance. Ce n’est pas déresponsabiliser, ni se déresponsabiliser.

Mais il est temps de reconnaître que les premières victimes de l’insécurité sociale sont tou-te-s celles et ceux qui souffrent de l’arrogance et du mépris économique de notre société, largement cautionné par les gouvernements de ces dernières années.

Faire le choix d’une réponse uniquement répressive, c’est refuser d’affronter la mesure de la souffrance d’une partie de notre société particulièrement exclue. Sans compter que les discours et les pratiques sécuritaires renforcent l’exclusion des laissés pour compte - femmes et hommes, chômeurs, Rmistes, immigrés, jeunes des quartiers … - en les privant encore plus de parole publique et de véritable citoyenneté.


Démocratie

Ce n’est pas qu’un mot. La démocratie n’est jamais acquis et ne se décrète pas. C’est au moins donner envie aux citoyen-ne-s de se reconnaître et de participer au débat politique. Donner des moyens, des lieux et des temps à celles et ceux qui font vivre la démocratie. Nourrir, faire vivre le débat, en favorisant les expressions citoyennes, en associant les acteurs collectifs que sont les associations, les syndicats…, le tout dans l’élaboration et la décision de nos règles communes. Citoyenneté, participation, rien de bien nouveau dans ce que Motivé-e-s dit.

Mais quand même. Plus que nulle part ailleurs, l’Assemblée Nationale est le lieu de la politique professionnelle, le lieu où le jeu des partis étouffe la démocratie. Qui représente qui ? Dans quelles conditions nous représente t’on ?

Et surtout, sans faire les malin-e-s, on trouve dans ce qui s’est passé depuis un an des raisons de penser qu’on n’est pas complètement à côté de la plaque. La dernière élection présidentielle montre un système politique à bout de souffle qui peut n’offrir le choix qu’entre Le Pen et Chirac, et nous donner un Président élu à 82%. Belle Démocratie !

Dans ce contexte, on a du mal à se contenter de "presque rien" : comme la Démocratie de Proximité de la loi Vaillant du précédent gouvernement, mise en place avec beaucoup de bruit par Douste. Ou encore de la pseudo-participation avancée par le même dans le cadre du Grand Projet de Ville. On pourrait dire que ça nous fait rigoler, mais même pas.

Ce qui nous importe, c’est la mobilisation citoyenne. Son existence est la condition de la démocratie. Et elle peut exister, on l’a rencontrée. Après l’explosion d’AZF, que ce soit en solidarité ou en colère. On l’a surtout vue entre les deux tours de l’élection présidentielles. C’est cette mobilisation, jeune, métissée, responsable et joyeuse, qui a permis le résultat du deuxième tour. C’est elle aussi qui nous apportera plus de démocratie.


Deux portraits

SALAH AMOKRANE

Il est 9 H du matin et comme chaque matin de campagne législative, bien calé sur son VTT rouge, le souffle court, Salah Amokrane démarre son dur labeur de candidat par quelques centaines de mètres de vélo urbain. Militant associatif depuis longtemps, il a fait ses armes à Vitécri, association des Izards. On l’aurait même aperçu participant à un combat d’accordéons en gants de boxe lors du Festival "ça bouge au Nord".

Né en 1964 à Bordeaux, il n’en demeure pas moins, et quoi qu¹on dise, un Toulousain. Il n’y a en tout cas pas que fait ses études comme d’autres candidats maire de Toulouse.

Pour lui, la politique marie citoyenneté sociale, cuturelle et économie. Il réalise là, n’en doutons pas (ce qui est le cas), une ambition partagée par un certain nombre de personnes motivées, celle d’impulser un mouvement populaire, plus qu’un parti.

Passé tout petit par l’école des jeunesses communistes ("Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des..."), il a acquis de cette expérience le sens du collectifS mais aussi découvert les limites d¹une dynamique de parti politique traditionnel.

Les convictions sont présentes chez l’homme, la motivation aussi. ça tombe bien, vu le nom de la liste qu’il conduit.

Pourtant le doute est là : celui de l¹échec, certes, mais aussi le risque du succès... Ne l’appelez jamais Monsieur le Député, ça lui fait (encore) tout drôle !

Membre fondateur de l’association Tactikollectif, il ne dissocie pas culture et citoyenneté, il les agrége. Il est à ce titre bien à sa place, c’est-à-dire au coeur de la dynamique.

Il est motivé !


CHRISTINE LARROQUE

« Je suis candidate sur la liste Motivé-e-s, à la place de suppléante, mais peu importe la place.

Je suis surtout candidate à une vraie place dans la cité, dans la durée. Comme beaucoup de Toulousains et de Toulousaines, cela fait des années que je vois, m’indigne sur certaines choses qui se passent dans notre ville et notre pays.

Jusqu’à présent, je n’avais pas trouvé un engagement qui corresponde à mes attentes.

Et puis sont venus, avec les municipales de 2001, des mots comme : « On n’est pas là pour apporter le bonheur », « le programme, venez le faire avec nous... », « les affaires de la cité, si on nous les explique, on peut tous les comprendre... », « Y’en a assez de la fracture entre les citoyens et les élus... ». Tout ça est entré en résonance avec tout ce que je pense. Alors j’en suis !

J’en suis avec d’autres, enfin je ne suis plus seule avec des idées dans la tête. Je peux croire à une prise en compte de chacun en tant que personne, dans sa globalité.

Je peux croire à des idées véritablement incarnées comme « démocratie participative ».

Je peux penser que ces mots peuvent être autre chose que des coquilles de noix vides ! Je peux imaginer aussi que des belles choses comme des maisons citoyennes, comme la participation de chacun à la démocratie ne sont pas que des utopies ! »


L’Interlocale

"C’est l’ réseau national…"

On est un groupe local qui fait de la politique, à notre manière. Présenter une candidature à Toulouse dans la 1ère circonscription, c’est continuer ce que nous avons entrepris lors des élections municipales, et depuis avec nos 4 élu-e-s d’opposition. C’est notamment porter, face à PDB, candidat de la droite, nos exigences démocratiques et sociales.

C’est aussi ouvrir une fenêtre sur le débat national. Et y passer la tête pour donner de la voix sur les questions qui nous occupent. (voir p.2 et 3). Pour le faire, on a choisi la première circonscription. Mais on a aussi choisi d’inscrire notre candidature dans la construction d’un réseau national.

C’est sur la base de l’appel national au mouvement social, dit « appel des 200 », que des groupes locaux issus des quartiers et du mouvement associatif se sont regroupés : AGORA-DIVERCITE (Rhône Alpes), les Motivé-e-s (Toulouse), le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB), Espoir (Nîmes), le Collectif lillois, Les Enfants illégitimes (Saint-Etienne), les Motivé-e-s (Bondy), les Motivé-e-s (Paris XXème).

Tous les collectifs locaux, partout en France, en accord avec les valeurs de démocratie, de justice, d’égalité et de solidarité, sont invités à participer à la structuration de ce réseau interlocal pour construire des contre-pouvoirs vis à vis des partis politiques traditionnels, en refusant l’instrumentalisation de nos luttes.

« Nous appelons à une offensive citoyenne autour de celles et ceux qui, ces dernières années ont montré par leurs luttes qu’un autre monde est possible : travailleurs-euses humilié-e-s et licencié-e-s, mouvements pour le droit au logement, sans papiers, militant-e-s contre la double peine, pour le droit de vote et d’éligibilité des résident-e-s étranger-e-s, mouvement pour le partage des richesses dans le monde, militant-e-s des quartiers populaires et pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes.

Et comme ce sont toujours les minorités qui ont rappelé à la majorité les valeurs de la République, nous ne transigerons pas et nous appelons à un mouvement social qui ne soit pas à la remorque d’une gauche qui a failli. »

Présentation

Nos diverses publications

Le Tiré

Le Tiré E-S est reparu ! Numéro 13. //
Conseil Municipal 6 mai 2004 - Election du nouveau Maire //
conseil municipal du 26 mars 2004 //
conseil municipal du 06 février 2004 //
Conseil municipal du 16 juillet 2003

Journaux de campagne

Législatives 2008 : Gauche Alternative sur la 6ème //
Législatives 2002 : le deuxième journal de campagne //
Législatives 2002 : le premier journal de campagne

Com’Pression

Hors série N°33 : Bilan //
Enfin ! le 32 //
Echanges epistolaires sur le GPV //
Les mouvements de population à l’heure de la mondialisation //
Compression n°31

Les tracts du FSQP

Mardi 08 mai le Forum Social des Quartiers Populaires est à Bourbaki

CREDITS 

Site sous SPIP