Réforme des scrutins : Misère de la Démocratie

Hier, jeudi 13 février, s’est tenu à Toulouse, une conférence de presse qui a réuni différents partis politiques qui conteste la réforme des modes des scrutins régionaux et européens sur laquelle le gouvernement a engagé sa responsabilité. Nous nous y sommes rendu-e-s. Vous trouverez les détails de cette conférence dans l’article de la Dépêche du midi à la fin de cet article. Nous en sommes parti-e-s un peu vite. Difficile de porter des doutes sur notre système démocratique, alors qu’il n’était question que d’élection et de la vie des petits partis. En cinq minutes, pas une seule fois les mots "démocratie" ou "citoyen-ne" n’ont été prononcés, un peu dérisoires face aux mots "tripatouillage politique" et "nos électeurs"... On s’est dit qu’un communiqué de presse était finalement plus apte à nous permettre de dire quelques mots. Comme vous ne trouverez qu’une partie de ces quelques mots dans l’article de la Dépêche, voici le communiqué :

Première mise en ligne : 17 février 2003

Misère de la Démocratie

(Suite des Présidentielles)

-  Notre voix a peut-être une particularité dans le concert actuel en opposition à la volonté du gouvernement de réformer les scrutins régionaux et européens ainsi que l’aide publique aux partis politiques. Nous ne sommes pas un parti mais un mouvement politique, un mouvement qui n’a pas vocation à briguer des mandats électifs à tout va. Et, même si nous nous structurons en réseau à l’échelle du pays et au-delà, nous avons une implantation locale.

-  On vit dans un régime qui conserve comme seul acteur légitime de la démocratie, les partis. S’il faut souligner que ceux-ci ont joué un rôle important dans la construction de notre démocratie, il faut également reconnaître que certaines de leurs pratiques depuis plusieurs dizaines d’années contribuent nettement à l’affaiblir : discrédit moral de responsables politiques, désarroi citoyen, abstentions massives... les manifestations de cet affaiblissement ne manquent pas.

-  Le sentiment de crise de notre système politique a atteint un sommet lors des dernières élections présidentielles. Le premier tour ébranle les certitudes des grandes formations traditionnelles, et montre le besoin de pluralité. Le second sonne la mobilisation citoyenne pour sauver la République et la Démocratie. Résultat : un candidat qui recueille 18% des voix au 1er tour est élu avec 82% des suffrages exprimés au second. La page est tournée... il présidera au nom de tou-te-s les français-es ! Sortie de crise ? Non. Ce qui se passe aujourd’hui est la continuation de la crise de notre démocratie représentative.

-  L’UMP est le seul parti à défendre cette réforme antidémocratique. Un seul parti a tous les pouvoirs, et en abuse à son profit à la première occasion. Tout un symbole. Comme l’utilisation de l’art 49-3 qui empêche tout débat.

-  Le changement des seuils pour les élections régionales (5% des suffrages exprimés pour fusionner et 10% des inscrit-e-s pour se maintenir) ne vise qu’à imposer une bipolarisation, avec la perspective d’un système bipartite. C’est juste le meilleur moyen de se partager définitivement les postes à pouvoir. Tout le reste n’est qu’habillage.

-  Cette loi comporte aussi des dispositions sur le financement de la vie politique. Très peu de parti en parle, ne se sentant peut-être pas concerné-e-s, pourtant cette réforme est cohérente avec l’autre et poursuit le même objectif : restreindre le champs politique aux grandes formations nationales.

C’est dans la rue que les habitant-e-s de ce pays ont montré, entre le 21 avril et le 5mai derniers, que la démocratie vivait. Ce sursaut citoyen a permis que notre système représentatif ne s’effondre pas.

Il est toujours temps d’ouvrir un débat sur notre démocratie, et surtout de la revivifier en l’ouvrant à la participation de tous et toutes.


Article paru dans la Dépêche du Midi du 14 février 2003.

« Le 49-3, arme de destruction massive »

Menacés de marginalisation, voire de disparition pure et simple sur l’échiquier politique des régionales et des européennes par la modification de la loi électorale, les « petits partis » politiques sont sous le choc. Faute de stratégie de riposte pour l’avenir immédiat, ils clament leur indignation, comme ils l’ont fait, jeudi à Toulouse, au cours d’une conférence de presse commune au Florida. Avec vue directe sur le Capitole dont le locataire a essuyé quelques propos acides. Philippe Douste-Blazy, bras droit d’Alain Juppé, est considéré par les « petits » comme l’un des instigateurs de cette loi passée en force et qui aura notamment pour effet de minoriser encore plus ses anciens amis de l’UDF.

En tout cas, il n’est guère courant de voir assis sur les mêmes banquettes pour dire la même chose au même moment, Marie-Pierre Chaumette (MPF), Guy Debuissson (PRG), Thierry Cotelle et Régis Léonard (MRC), Elisabeth Husson (UDF), Pierre Labeyrie, Elie Brugarolas, Henri Arévalo et Didier Claude Rod (Verts) et Pierre Cabaré (Cap 21). Ne manquait à l’appel que Pierre Fuziès (Chasse, pêche, nature), excusé en raison d’une réunion à la préfecture mais « de coeur » avec les protestataires. Quant au Motivé-e-s, ils étaient représentés par Fabien Maguin qui s’est tenu ostensiblement à l’écart avant de quitter la salle, l’air dépité... Explication deux heures plus tard dans un communiqué : « Nous ne sommes pas un parti mais un mouvement (...) S’il faut souligner que les partis ont joué un rôle important dans la construction de notre démocratie, il faut également reconnaître que certaines de leurs pratiques contribuent nettement à l’affaiblir. »

« A QUI PROFITE LE CRIME ? »

Pour le reste, l’indignation exprimée à plusieurs voix était unanime. « C’est une arme de destruction massive de Jean-Pierre Raffarin », fulmine Régis Léonard. « La loi empêche la lisibilité et la diversité du paysage politique. C’est comme si l’on supprimait l’apprentissage de l’écriture », estime Pierre Labeyrie. « Cette bipolarisation reçoit l’adhésion de certains partis, y compris le PS et le PC », regrette Guy Debuisson en se demandant « à qui profite le crime ? » Pour Thierry Cotelle, « si c’est le même personnel politique qui doit rester en place, il y a un danger de professionnalisation de la vie politique. » Vu par Pierre Cabaré, « Jean-Pierre Raffarin, grand adepte du discours de la méthode, n’a pas redoré son blason en imposant le 49-3. » (1) « Les gens rejettent les anciens partis, il y a une vraie dynamique des autres formations », souligne Elisabeth Husson, en réfutant l’étiquette de « petit parti » pour l’UDF. Même réaction de Marie-Pierre Chaumette qui s’inquiète : « Les gens vont soit voter pour le Front national, soit s’abstenir en masse. » Quant au PCF, ex-grand parti devenu petit, il a décliné l’invitation. Commentaire d’un des participants à la conférence de presse : « Les communistes sont en panne de doctrine et accumulent les échecs. Désormais, ils sont totalement à la remorque des socialistes. »


(1) L’article 49-3 permet au gouvernement de faire passer une loi sans vote ni débat à l’Assemble nationale.

René GRANDO

Actualités

Assemblée Générale de Motivé-e-s / 22 octobre 2008 //
Marre de la récup’ à 2 balles autour de Motivé-e-s ! //
Municipales 2008 : rassemblement ! //
Solidarité avec la famille Tordet //
Motivé-e-s que faites vous aux municipales 2008 ? et autres questions...

Des infos

1er mars à Toulouse : Journée d’action des Enfants de don Quichotte //
Handicap : des situations d’urgence sociale à l’abandon ! //
Un projet de décret limitant les possilités de recours devant les Tribunaux Administratifs pour les plus précaires //
Uni-e-s contre une immigration jetable - Rassemblement 13 mai à Toulouse //
Venez tou-te-s à l’Assemblée Générale de Motivé-e-s vendredi 7 avril à 18:30

CREDITS 

Site sous SPIP