|
Depuis, mercredi 12 mars 2003 et suite à leur expulsion par les forces de l’ordre du local paroissial dans lequel ils avaient entamé une grève de la faim, 31 kurdes ont trouvé refuge dans le local de notre groupe d’élu-e-s au conseil municipal de Toulouse.
Aujourd’hui, mardi 18 mars 2003, ce sont donc 31 personnes qui vivent une grève de la faim pour obtenir leur statut de réfugiés depuis 11 jours dans des locaux municipaux.
C’est dans ces conditions que nous tenons aujourd’hui à nous exprimer sur la situation de ces grévistes de la faim kurdes.
A nous exprimer aussi sur ce que nous attendons des pouvoirs publics aujourd’hui.
La grève de la faim est la pire des situations. Il faut, en toutes circonstances, à tout prix l’éviter. Les pouvoirs publics se doivent donc d’assurer des procédures qui garantissent les droits les plus fondamentaux de manière à ce que personne ne se sente réduit à sentir sa vie menacée au point de décider soi-même de la mettre en danger.
Aujourd’hui, les grévistes de la faim, sont 31 kurdes de Turquie, déboutés du droit d’asile politique. Leur refuser l’asile politique est une erreur inacceptable. Et c’est bien cette situation qu’il faut régulariser immédiatement.
C’est cette réponse qui doit être apportée par les pouvoirs publics sur le fond. La détermination des grévistes est à la mesure de leur désespoir. Les pouvoirs publics ont pensé pouvoir la briser par l’intervention des forces de l’ordre mercredi dernier. Cette option est insensée. On ne peut pas penser qu’à une demande d’asile devant un risque de mort ou d’oppression brutale dans leur région, la réponse de la France soit une réponse de violence.
Nous avons toutes et tous une urgence humanitaire devant nous. Depuis mercredi, devant la menace d’une nouvelle intervention policière place du Capitole, les grévistes ont trouvé refuge dans un local municipal sous la protection du groupe des élu-e-s municipaux Motivé-e-s, mais dans des conditions inadaptées. C’est avec cette responsabilité que nous intervenons aujourd’hui auprès du Maire de Toulouse, de manière officielle et publique sur cette urgence humanitaire.
Le Maire de Toulouse, en tant que responsable public peut intervenir auprès des autorités compétentes pour que la situation administrative des kurdes soit régularisée.
Il peut surtout, et sans délai, en qualité de Maire, soucieux d’humanité et de dignité, et face à cette urgence humanitaire, proposer une solution d’accueil et d’hébergement, de protection pour ces 31 personnes en grève de la faim depuis maintenant 11 jours.
Cette urgence impose qu’une décision soit prise sans délai, et dans l’attente qu’une réponse soit apportée à leur demande d’asile.
Cette question est maintenant incontournable.
On ne peut pas penser les déloger et les laisser à la rue, compte tenu de leur situation personnelle.
On ne peut pas penser les expulser hors de notre territoire, compte tenu des risques personnels qu’ils encourent dans cette région du monde avec en particulier le contexte de guerre que les Etats-Unis veulent y imposer.
Il faut assurer leur hébergement dans des conditions que nous dictent la dignité humaine, la solidarité et l’hospitalité.
Cette question est d’autant plus cruciale, que nous pensons que le principe de l’asile et de la protection de la France à l’égard de ces kurdes ne peut souffrir aucune contestation.
Sans approfondir plus que de raison, la situation politique du peuple kurde en Turquie, comme dans les autres Etats qui se sont partagés le territoire du Kurdistan, l’attitude de la Turquie, préoccupée par la question kurde et qui ne compte que sur ses 200 000 soldats massés à sa frontière pour le conflit armé qui menace l’Irak, et la menace irréversible que fait peser l’intervention armée américaine sur les populations civiles de cette région, sont des raisons suffisantes pour accorder le statut de réfugié.
Ce sont les populations civiles qui paieront le prix le plus cher. C’est pourquoi il faut, après s’être résolument opposé à la guerre, assurer la protection des populations dans ce nouveau contexte. C’est une continuité impérieuse quand on a n’a pas pu empêcher la guerre.
Le Président de la République et le gouvernement de la France doivent adopter cette attitude ici, en France pour les kurdes qui s’y trouvent (tout comme il faut le faire pour tou-te-s celles et ceux qui se trouvent dans la même situation), et dès aujourd’hui.
L’OFPRA doit sans délai missionner des officiers de protection et réexaminer à Toulouse les dossiers de demande d’asile politique afin que ces réfugiés kurdes trouvent la protection qu’ils demandent à la République Française et puissent cesser leur grève de la faim immédiatement.
Signataires :
• Motivé-e-s
• Le groupe des élu-e-s Motivé-e-s au conseil municipal de Toulouse Salah AMOKRANE, Elisabeth HEYSCH de la BORDE, Isabelle RIVIERE, Michel DESMARS
|