Situation sociale Toulousaine après les élections municipales

Texte proposé en Août 2001 aux Diversités d’été

Première mise en ligne : 10 janvier 2002

Bref retour en arrière

La campagne des Municipales s’est menée sur des thèmes tout à fait contradictoires mais déterminants pour l’avenir. D’une part, la démocratie dite participative et les rapports hommes/femmes sur la ville. D’autre part, la sécurité et le racisme.

A droite.

Douste a tenté de surfer sur ces thèmes car il sent bien la fragilité de sa victoire, même si l’écart paraît important au deuxième tour. Il semble donc que la droite rassemblée derrière Douste veuille occuper le terrain. Les maires de quartiers sont là pour expliquer la politique municipale, les institutions liées à la Mairie se bougent, l’OPAC a relancé les réunions d’habitants et des initiatives festives se mettent en place à partir des centres d’animation, il semble que les militants de terrain se réveillent, en s’intégrant voir en initiant des moments festifs. Ils font acte de présence dans les rencontres avec les institutions ou associations. On trouve ce phénomène aussi bien à Reynerie que sur les Chalets ou un comité croupion inféodé à la Mairie a été réactivé avec force de moyens pour faire le pendant au comité de quartier actuel. Il est à noter que les deux quartiers cités ont soit voté majoritairement à gauche (Reynerie) soit-il y a eu plus de 20% de vote pour les Motivé-e-s ( Chalets). La droite veut donc réoccuper un espace politique dans ce type de quartier. La Mairie utilise certaines structures associatives du lien social comme levier de propagande, c’est le cas de l’association Vivre en Ville qui recrute des « agents d’ambiance » en partenariat avec la Semvat . Certains d’entre eux sont employés en direct à la Mairie comme emplois jeunes. En fait des jeunes des quartiers populaires qui sont dans des dynamiques contestataires sont repérés et embauchés, puis muselés par leur dépendance économique à cette structure. Il n’y a pas de formation à la citoyenneté mais plutôt une mise au pas de ces jeunes et surtout un potentiel de futur jeunes militants issus de l’immigration penchant vers la droite. Le clientélisme municipal est donc en train de changer de nature. L’emploi des jeunes issus de l’immigration se substituerait à la tolérance de certaines familles à tendance maffieuse dans les HLM, diffuseurs de tracts électoraux dans les boites à lettre. Cette offensive sur la démocratie de proximité est articulée avec celle sur la sécurité d’où la mobilisation de Spanguéro sur la marche qu’il y a eu sur la ville à partir du comité Orange (interpellation des pouvoirs publics sur cette question suite au tailladage d’un commerçant volant au secours d’un petit vieux agressé). La participation à cette manifestation a été relative (un millier). Pourtant, devant l’implication de la Chambre de commerce, l’appuis d’une pétition de plusieurs milliers de signatures, une forte réaction émotionnelle, on pouvait s’attendre à plus de monde. La droite a elle aussi du mal à mobiliser ses troupes. En faisant une comparaison un peu hâtive, la marche de Reynerie, il y a 2 ans, était tout aussi nombreuse. Le mois d’août prépare déjà cette campagne sécutaire avec reportage sur le comité Orange à TLT et sortie du Capitole info avec grand renfort de pub sur le nouveau commissariat de Bellefontaine et l’augmentation des effectifs de la police municipale.

Le jeu de la majorité municipale est clair : utiliser la démocratie participative comme support à une campagne sur l’insécurité. Ceci nous pousse à réfléchir sur l’idée que nous nous faisons de la Démocratie car celle-ci peut, à certains moments, se retourner contre nous-mêmes. Il est possible que la droite souhaite initier un référendum d’initiative populaire, pour demander plus de sécurité, si celui-ci était mis en place par une loi. D’autre part, le retour de la droite au gouvernement risque de concéder plus de prérogatives aux Maires en ce qui concerne la direction de la police nationale. Nous devons aussi nous interroger sur l’opération de charme de Douste et ses collaborateurs divers et variés (directeur OPAC, certains médias) envers les Motivé-e-s. Cela nous pose un vrai problème, car certaines de nos revendications sont retenues par Douste (il semble que les demandes faites par Myris soit accordées au-delà des espérances). Il fréquente les initiatives de terrain où nous sommes impliqués (Bourbaki bouge, fête d’Arnaud Bernard) mais aussi fête des langues initiée par le Carrefour culturel d’Arnaud Bernard. Il nous laisse la parole dans les instances municipales et ne cesse de louer nos mérites en public.

A cela trois interprétations possibles :

-  Le refus de la politique politicienne élaborée par nous même l’incite à penser que nous sommes dans le flou politique et qu’une partie d’entre nous pourrait basculer vers le centre droit.
-  Diviser la gauche avec le gentil Salah et le méchant Simon. Ceci nous oblige à regarder comment passer nos alliances.
-  Pas de vagues avant les Législatives et Présidentielles afin d’être exemplaire et voler vers des cieux nationaux plus valorisant pour Môssieur Douste.

Ce constat nous impose la prudence afin d’éviter de faire passer Douste pour un gentil Maire. Car ses choix politiques ont placé autour de lui une équipe municipale marquée par la droite extrême. Cela ne correspond pas à la personnalité qu’il nous présente actuellement. De surcroît, Dans l’hypothèse possible du retour de la droite à la direction du pays, Douste serait amené à prendre un poste ministériel, laissant ses premiers adjoints gérer la ville. Hors ceux-ci (De Veyrinas : Opus Dei, Didier : ex Occident Chrétien, Diebold : Droite extrême du RPR ) ont la réputation d’appartenir à la droite musclée. Douste parti et la droite au gouvernement, ils auront les coudées franches pour appliquer un programme proche de l’extrême droite.

La sécurité

Fait aussi important, il y a une recrue d’essence de présence policière dérapant dans l’agressivité et les propos racistes. Ceci accroît une tension palpable dans les quartiers populaires où des faits d’agressivité et d’incivilité se font de plus en plus nombreux. La date et la tenue du procès Habib nous laissent désarmé. Peu de mobilisation possible en août. A la rentrée, le ressentiment envers la Justice à deux vitesses risque plus de développer un climat malsain qu’une réaction collective exprimant la trilogie Justice, Emploi, Education.

La question de la sécurité reste difficile à aborder. Nous sommes nous même confrontés à cette situation : le cas de Christian Etellin est révélateur. Notre discours sur la responsabilité du système qui accroît la pauvreté de certaines couches sociales n’est pas écouté par la population, même s’il est vrai, il n’est pas suffisant. Nous n’avons pas de solution immédiate de rechange. L’éducation et la lutte contre les inégalités sociales est notre cheval de bataille. Le comité qui s’est créé à la suite de l’affaire Boucif essaie d’organiser une série d’interventions dans les quartiers. De petits groupes de réflexion locaux se penchent sur la question et l’on a vu quelques pétitions lancées de-ci de-là demandant la prise en compte de l’éducatif dans les réponses à donner.

A gauche

Parler de nos relations avec les formations situées à gauche ne relève pas du sectarisme. Savoir comment elles fonctionnent nous permet de mieux appréhender un travail avec leurs militant-e-s ou connaître les difficultés que cela comporte d’autant que dans le mouvement social ils y sont aussi présents. Nous les pratiquons au quotidien. Cependant nous n’en avons pas tous et toutes la même vision du fait des différentes sensibilités qui nous parcourent. Parler de telle ou telle formation politique ne nous empêche pas d’avoir pour certains de leurs militants du respect voire de l’amitié.

-  La gauche plurielle est en plein questionnement.

Dans le PS, l’affrontement continue entre courants. Simon semble bien isolé parmi ses alliés municipaux. Il semblerait qu’il ait la volonté de se refaire une santé autour de la question de l’eau en prenant des initiatives personnelles. Il garderait ainsi le leadership incontesté de la gauche toulousaine.

Le PC ingurgite ses défaites électorales qui dépassent le cadre local. Nombre de militant-e-s s’inquiètent du futur.

Les Verts sont en difficulté interne : ils sont déçus par leur score qui n’a donné qu’une élue (Mendès). D’autre part les rivalités au niveau national laisse aussi des inquiétudes quant à leur devenir.

Nous voyons apparaître au sein des initiatives internes des Motivé-e-s des militant-e-s venus de ces organisations. Il est trop tôt pour en déduire une quelconque analyse.

-  La LCR souhaite occuper l’espace laissé vacant par le PC. Elle se referme sur elle même et son programme politique. Cette évolution est nationale mais à Toulouse la LCR a, en plus, été incapable de gérer la crise avec les Motivé-e-s. Ses militant-e-s ont très mal vécu cette situation.. LO et la LCR sont d’ailleurs en lice pour les prochaines échéances électorales ce qui risque de poser des problèmes quant à l’autonomies des mouvements sociaux à venir.

-  Du côté libertaire. Il n’y a pas unité de vue sur la question des Motivé-e-s. Il y a des interrogations importantes car le fonctionnement en AG, la conception de la Démocratie, un rapport non autoritaire à la politique, le travail de terrain, l’autonomie du mouvement social, se rapprochent des idées développées par le mouvement libertaire. Il y a cependant une défiance certaine face à la démarche électoraliste, les alliances passées avec la gauche institutionnelle ou à propos de transformation radicale du système capitaliste. Certains libertaires sont entrés individuellement dans les Motivé-e-s. Les autres, groupes ou individus, oscillent entre la critique bienveillante et la critique acerbe.

La seule organisation, à avoir soutenu sans ambages les Motivé-e-s, sont les Verts et Rouges dont les membres se sont intégrés en notre sein.

Les Motivé-e-s

-  La situation semble bonne mais fragile du fait d’une réalité militante hétéroclite. Un certain nombre de personnes nous ont rejoint depuis la fin des élections. Nous sommes les seuls à avoir une potentialité militante réactive sur le terrain mais la démarche instinctive de mobilisation face aux événements reste difficile à accomplir. Nous avons su pour le moment maintenir l’originalité de notre démarche, notre façon d’être et notre franc parler.

-  Si la lisibilité immédiate autour des conseillés municipaux s’est rapidement mise en place, la question du fameux 3 ième tour semble plus compliqué à réaliser. Nous savons qu’il y a un potentiel de plusieurs milliers d’électeurs qui ont choisi de porter leurs voies sur une liste proposant la citoyenneté active.

-  Ceci dit, nous avons une véritable interrogation sur l’articulation des Motivé-e-s entre champ social et politique.

-  Il y a un décalage entre nous ; entre les militants aguerris, ceux et celles qui participent au collectif d’animation chaque semaine, dans les commissions tous les quinze jours, ceux et celles qui n’assistent qu’aux AG., ceux et celles ont vécu les élections de l’intérieur et ceux et celles qui ont rejoint après. Les sensibilités politiques qui s’expriment peuvent amener à des perceptions différentes. Chacun et chacunes d’entre nous cherche à se situer pour occuper sa place selon le rythme qu’il, elle veut se donner.

-  Nous avons pour le moment une grande difficulté à mettre en pratique ce que nous sommes capables de poser dans la réflexion collective notamment dans les commissions

-  La gestion pragmatique du terrain nous interpelle dans notre démarche : Est-il possible de s’appuyer sur une partie du mouvement associatif actuel ? Cogérons-nous un certain nombre d’instances liées à la Mairie ? Faut-il voter ou refuser de voter au Conseil municipal ? Devrons-nous nous impliquer dans la maison des associations ou de l’homosexualité tel que Douste la propose ? Faut-il s’appuyer sur les squats autonomes et instaurer des lieux de vie complètement indépendants de l’institution tel que les centres sociaux en Italie ou les Aténéos de Catalogne sud ?

-  Ce qui s’est passé à Gênes est aussi très important car les observateurs ont remarqué l’émergence d’une jeunesse radicalisée. Hors dans les quartiers du centre ville, nous avons obtenu de bons scores en parti grâce aux jeunes. Il est fort à parier que ceux-ci ont des aspirations similaires à ceux de Gênes. D’ailleurs lors de la provocation du clan Douste le soir des élections au Capitole, ce sont les jeunes des lycées et des facs qui ont répondu violemment. Peut-être va t-il nous falloir réfléchir à une forme de radicalité évitant la violence, un peu dans l’esprit des tuniques blanches italiennes. Il est certain que la droite au pouvoir risque d’avoir la physionomie de l’équipe Berlusconi et il faut s’y préparer.

-  Maintenir notre cap politique car nous sommes coincés entre le marteau et l’enclume. D’une part Douste cherche à isoler le Parti Socialiste, et d’autre part Simon et la Gauche socialiste cherchent des alliances qui leur éviterai la marginalisation aussi bien externe sur Toulouse que interne pour prendre le pouvoir au sein du PS local. Nous ne devons donc être le faire valoir ni de l’un ou ni des autres.

Sur le champ social.

C’est plutôt mitigé. Certaines associations comme ATTAC, le comité de défense de l’hôpital public ou le comité Ginestou 2000, maintiennent une activité dynamique. Cependant, le CASQ est en grande difficulté faute de combattant, TRUC cherche ses marques, la Chapelle a du mal à s’ouvrir sur l’extérieur, Myris est pour le moment en stand by dans l’attente des négociations, etc. Il n’y a pas pour le moment d’émergence significative dans le domaine des structures de quartier (comités, conseils, collectifs). Les squats ont l’air de bouger devant la pression expropriatrice des HLM. Un appel à la mobilisation autour du procès Habib est en marche. La mobilisation si nécessaire autour des salariés Lu-danone a été peu suivie. Nous avons, nous même, du mal à nous mobiliser autour des entreprises en difficulté. Les jobs ont été les premiers à en faire les frais. AOM ou Mark et Spencer sont dans le rouge sans que nous nous sentions concernés. D’autres peuvent avoir des difficultés : chez Motorola, ce n’est pas brillant. Seulement la tradition de lutte organisée par les syndicats traditionnels ne nous ressemble guère et nous avons du mal à nous y impliquer. Ces derniers ont aussi du mal à mobiliser hors des cadres corporatistes. Notre sphère reste plus sensible à des initiatives anti mondialisation globale qui associent autant les questions économiques que les problèmes de mal bouffe ou d’environnement. La démarche « Millau » semble plus nous correspondre que la manif Danone-Lu. Nous avons intégré, certainement subjectivement, le « Agir local et penser global » tout en rejetant des luttes qui nous apparaissent comme catégorielles. Mais un de nos futurs combats va se trouver dans cette sphère de l’anti-mondialisation. Il nous concerne tous et toutes puisqu’il concerne la gestion de l’eau sur la ville. Nous allons affronter une grande multinationale, Vivendi, et son allié la Municipalité. C’est certainement l’un des prochains enjeux qu’il ne faudra pas louper et dans lequel nous pouvons y apporter notre originalité et notre façon d’agir.

Amitiés à tous et toutes.

Jean-Marc.

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